semaine 19

Une page que l'on peut Sautet

Cinémarmelade par Joker, le 12 février 2021

En plus il paraît que Montand avait été infect sur ce tournage. (Capture d'écran du film César et Rosalie)

Attention, sacrilège! Je vais vous expliquer pourquoi César et Rosalie est un navet et par la même occasion, pourquoi j'aime François Truffaut et pas Claude Sautet. Certes, le cinéma est un art éternel (souvent, d'ailleurs, c'est long sur la fin) mais bon, ce nanar est né en 1972, ça va bientôt faire un demi-siècle, je me suis dit, en attendant d'aller au cinéma à Luxembourg, tiens sur C8 on repasse César et Rosalie, si je le regardais, ça fait longtemps.

J'ai tenu bon.

J'ai résisté au surjeu d'Yves Montand (ah, quel charme, ma chère) en grand con machiste et violent. J'ai survécu aux approximations de Romy Schneider (ah, quelle beauté, mon vieux) qui hésite autant sur son jeu qu'entre les deux mecs, puisque bien sûr, c'est un triangle, y a pas que César et Rosalie, il y a aussi le bellâtre joué par Sami Frey (bien, d'ailleurs, vous voyez que je sais reconnaître les qualités). J'ai subi les incohérences d'un scénario branlant pourtant dû à quelqu'un qui en a écrit des bons, Jean-Loup Dabadie. Vous imaginez le topo? Les deux mecs arrêtent de se disputer la femelle, laquelle disparaît soudain on ignore pourquoi mais passons, et deviennent les meilleurs potes du monde alors qu'ils s'en mettent sur la gueule durant les deux tiers du film...

D'accord la vraisemblance n'est pas une condition nécessaire à l’œuvre d'art. Prenez Truffaut, tiens. Antoine Doinel, il y a des trucs impossibles, même le coup des fleurs dans la cour, par exemple. Mais il n'essaie pas de faire vériste, lui. Sautet se pose en témoin de l'époque. Libération des mœurs et tout ça. Les années 70, quoi! À part qu'on y clope à crever d'un cancer devant sa télé rien qu'en regardant, ça ne fait film d'époque que parce que les bagnoles, en effet, sont de 1972. Tiens, la seule chose à m'avoir fait envie, dans ce gloubi-boulga, c'est la Citroën XM. Ah, que j'aurais aimé la conduire! Putain, Jean-Loup, qu'est-ce qui t'a pris? Tu peux faire tellement mieux! Il y a vingt fois plus dans les films d'Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au Paradis, tant sur l'époque que sur la nature humaine, que dans Saisi et Rase alors, non? Déjà que le peu qu'il y avait d'intéressant dans Les Choses de la vie, je ne parle pas ce célébrissime accident de voiture que Sautet dissèque pendant deux heures comme si c'était le Var dans un match de foot, entre ralentis et répétitions, non, je parle de la possibilité d'imaginer la suite avec cette lettre postée qui va tout bouleverser post mortem – que le cinéaste a fait sauter (ha ha) pour que nos petits cœurs s'étreignent, ouf elle n'en saura jamais rien... Comparez ça avec La Femme d'à côté et vous saurez la différence entre la ficelle et le ressort.

Je le proclame: Sautet est un cinéaste de seconde zone, mauvais directeur d'acteurs, médiocre metteur en scène et coscénariste désastreux, aux ambitions élevées mais d'une profondeur insignifiante. Exactement l'inverse de Truffaut. Lui, certains de ses films datent mais on peut les regarder parce que tout simplement c'est plus proche de ce vieil idéal selon lequel tout ce qui est humain ne saurait m'être étranger. Sautet, c'est du chiqué sophistiqué, c'est artificiel, pédant, poseur et creux.

Bref j'aime pas.

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