semaine 46

Apprendre à tomber pour mieux se relever

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 07 novembre 2018

Photo©LaurentBerger

Connaissez-vous un cheval qui vous assure de ne jamais tomber? 

Il faudra bientôt inventer un cheval parfait qui assurerait qu’au grand jamais son cavalier ne puisse tomber! Toutes les dispositions doivent être prises pour que le client soit satisfait! Sinon, les procédures vont être introduites. D’accord, il existe des professeurs arbitraires, qui abusent et qui mettent en échec pour mettre en échec pour asseoir une autorité tyrannique, ils sont apparemment très nombreux vu le nombre de recours introduits par nos pauvres petits innocents qu’il faut dorénavant à tout prix protéger, ne pas brusquer. Mais, si on n’apprend pas à tomber du cheval, comment alors pratiquer l’équitation? On dirait qu’on ne supporte plus aucun risque! Ou alors les élèves doubleurs coûtant trop cher, on les laisse passer automatiquement en mettant de la poudre aux yeux! J’insiste encore une fois, je ne suis pas réactionnaire, mais il me semble que la liberté se mérite, se travaille, elle n’est pas un acquis sans effort. La liberté et l’indépendance, cela se travaille! Bon, l’hyper actif ne peut pas être accusé d’être turbulent puisqu’il a été diagnostiqué, l’élève qui souffre de dysorthographie ne peut plus être évalué en orthographe, tout individu devient ainsi un cas particulier et tout doit être mis en place pour bien sûr répondre à la demande. Un texte en arial 14 pour une telle, un questionnaire uniquement en verso pour l’autre, un temps pour répondre plus long pour l’autre, et je vous rassure, j’exagère à peine même si je sais que le propre de l’ironie littéraire que je pratique est notamment d’exagérer. 

A l’université, c’est génial, les élèves ont un système de crédit, ils ont ainsi  avoir la possibilité de passer leurs examens quand ils le souhaitent, ils ne doublent plus! Ils sont en deuxième mais trainent des casseroles de la première derrière eux! Ils peuvent ainsi être en troisième et en quatrième année, faut juste voir si les horaires correspondent! La liberté est vendue! Fumer, ça rend libre, c’est bien connu! La voiture, qui tue, ça nous rend libres aussi, ça vous donne la possibilité de circuler librement à Bruxelles!

L’enfer est pavé de bonnes intentions, mais que se cache-t-il vraiment derrière cette pédagogie de la réussite? L’échec serait-il devenu interdit? Les succès viennent-ils sans accroc? Le principe de précaution tout comme  le principe de la transparence absolue ne conduisent-ils pas à une société du contrôle ou à une société totalitaire? 

Les procédures accompagnées d’avocat contre les enseignants qui doivent lui justifier l’échec de l’élève de manière complète et la plus précise possible sans que l’élève ne puisse accepter sa nécessité pour réussir m’interpellent. 

Il faudrait pourtant relire Nietzsche, Bachelard, Sartre pour comprendre que chaque épreuve acceptée peut nous rendre plus lucide, plus combatif, plus vivant et surtout comment elle nous confronte au réel. La domination du monde virtuel chez certains jeunes a pour conséquence que ceux-ci refusent la réalité, restent plus longtemps chez leurs parents, retardent l’âge des rapports sexuels.
Le libertaire pense que le laxisme est l’adversaire de la liberté, que le laisser aller libéral vendu cache une hypocrisie qui renforce les inégalités sociales en donnant moins à ceux qui ont déjà moins. C’est en rencontrant l’échec que l’on s’émancipe. Avoir raté ne signifie pas que l’on est un raté. J’ai accepté de doubler ma première candidature, j’ai repassé les cours que j’avais réussis en augmentant mes notes. Un échec rapide ne vaut-il pas mieux que des notes qui sont toujours moyennes, reprenant les questions que se pose Charles Pépin sur les vertus de l’échec. Ainsi un très bon cavalier peut tomber de cheval. « Avoir échoué en France, c’est être coupable. Aux États-Unis, c’est être audacieux. Avoir échoué jeune en France, c’est avoir échoué à se mettre sur les bons rails. Aux États-Unis, c’est avoir commencé jeune à chercher sa propre voie. »

Si on souhaite supprimer toutes les crises, comment dés lors être audacieux, faire preuve d’imagination, de caractère? Mais les enfants rois accompagnés de leurs parents habitués à payer pour avoir des services impeccables accompagnés d’un puritanisme inquiétant n’apprennent plus la valeur de l’humilité, n’apprennent plus à mesurer leurs limites. Le monde virtuel vous invente, mais vous, vous n’apprenez plus à vous réinventer, à vous transformer. Si Gainsbourg n’avait pas estimé son échec en peinture, il ne se serait pas orienté vers un autre domaine. Oser l’échec permet de tracer un pont vers l’avenir. Mais bon, ça coûte trop cher apparemment, donc halte à l’échec, vive l’école de la réussite, examens supprimés mais toujours autant d’évaluations devenues diagnostiques, formatives, toujours autant de corrections pour le professeur! 

En Belgique, comme en France, l’école demeure facteur d’échecs inutiles, frustrants, peu encourageants. L’école est tournée vers la massification, la reproduction, ne donnant pas assez de place à la singularité, au dépassement de soi. Ce qui ne conduit pas les jeunes à une vie épanouie. J’oppose donc l’échec mortifère à l’échec vivant qui est un encouragement. L’échec positif est lié à la nature de l’homme. Combien d’échecs avant de savoir marcher? Si nous misons sur l’idée que l’homme est perfectible alors nous devons accepter la richesse que peut représenter un échec qui engendre une prise de conscience nécessaire.

Commentaires

Portrait de Christian Carez
Bravo, 1000X !!! Je vis depuis 15 ans avec une instit . . . Mais vous allez évidemment être "classé" parmi les antimodernes, les néos-réacs,les élitistes, vous frisez la faohosphère, bref, faites définitivement partie de l'Empire du Mal! Bon courage!

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