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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Ascenseur social?

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 07 septembre 2017

Photo © Laurent Berger

Vous avez dit égalité des chances ? Songeons simplement à la présence des fils de en politique. Est-ce que leur présence permet la diversité des expériences, des cultures, des milieux sociaux ? Nous pourrions comprendre qu’il existe des fils d'avocats, de médecins, de musiciens... Mais est-ce que faire de la politique est un métier comme les autres? Certes, la noblesse n’occupe plus les carrosses de Versailles, mais d’autres dynasties existent. Celui qui viendrait d'ailleurs qui pourrait apporter autre chose ne pourrait-il pas siéger au Parlement? Le temps de la Commune de Paris fut bien court!

L’école de l’égalité? L’école gratuite? Non. ÉÀoles des riches, écoles des pauvres, écoles avec frais scolaires considérables, écoles privées, coachs, quelques milliers d’euros dépensés parfois pour réussir son examen d’entrée à l’université. À cela s’ajoute ce qu’on appelle la pénurie des enseignants. Le métier ne semble plus attirer de vocations. De nombreux enseignants débutants quitte l’école après cinq ans, si pas après une première journée. "Je ne vais pas me faire agresser, alors que je gagnerai plus dans une banque!". "Je travaille depuis cinq ans dans cette école et je n'ai toujours pas de local!" ."Aujourd'hui, ce sont les parents qui m'insultent!"

L’abrutissement, la crétinisation, la crédulité touchent également les plus favorisés, les mieux éduqués. Ceux-ci n’ont dès lors plus tellement envie de s’élever et d’élever les autres, nous pouvons constater que ceux-ci se désintéressent de plus en plus de l’émancipation des plus défavorisés. La fracture n’est pas seulement sociale. De plus, le repli identitaire, le protectionnisme s’ajoutent à cette fracture. Que faire quand un enseignant d’une université enseigne le créationnisme ? Le retour du mépris envers les scientifiques, les penseurs, les lettrés réduit considérablement l’espoir des philosophes des Lumières. L'isolement, la construction des murs, le cloisonnement, la spécialisation sont autant de phénomènes qui remettent en cause l'espoir d'un vision universelle qui pourrait se réaliser.

Égalité des chances de connaître la diversité ? De pouvoir sortir de son milieu ? J’ai enseigné pendant 10 ans dans une école appelée à discrimination positive. Progressivement, la majorité de mes élèves sont devenus d’origine marocaine, de confession musulmane. C’est dans ce cadre étroit que l’enseignant tente de transmettre les pratiques narratives qui permettent de donner envie aux élèves de rencontrer des gens d’origines diverses, de confessions différentes. La tendance a été d’engager dans ce genre d’école des professeurs de la même origine en pensant simplifier les choses alors que ces derniers ne mettraient pas leurs propres enfants dans ces écoles appelées «écoles ghettos»; il est clair qu’un musulman aisé trouvera plus facilement un appartement à louer qu’un musulman moins aisé. Le problème demeure donc non pas ici en l’occurrence la religion mais le niveau social. De plus, tous les musulmans ne sont pas arabes.

Égalité des chances de sortir des coutumes régressives, de pratiques barbares dans des écoles où le repli identitaire s’affirme de plus en plus?  Le refus de la mixité, le refus de serrer la main à une femme, le refus de faire soigner sa fille par un homme. «Monsieur, ma religion m’interdit de faire du théâtre, de dessiner». Pourquoi s’étonner que ce qu’on appelle de manière peu clair «le radicalisme» se développe dans un milieu fermé qu’est la prison? Faillite de l'école publique et école privée gagnante?

Ce n’est pas un hasard si le constat des inégalités, des fractures sociales se renforcent en même temps que la disparition des normes communes, de l’aspiration à l’universalité, de l’engagement. Si la jeunesse se replie, si elle devient cynique, voire nihiliste, ce n’est plus d’elle que nous pouvons espérer une quelconque révolution. Dans l’espace économique européen les inégalités sont bien fortes, il suffit de le vérifier en comparant un salaire roumain avec salaire allemand.

Il est curieux d’observer qu’en Europe personne ne semble s’inquiéter la disparition de la démocratie, personne ne semble être perturbé par la diminution de nos libertés individuelles. Le citoyen pourrait lui s’en inquiéter. Mais qu’en est-il de la citoyenneté? Or cette notion envisage justement celle de l'égalité des chances. Mais si au niveau local, nous constatons que les bourgmestres sont tous des fils de bourgmestres, est-il honnête et réaliste de faire croire aux élèves que tout le monde peut monter de la même manière dans l'ascenseur?

La mixité sociale régresse. Le professeur humaniste constate un déclin de la maîtrise de la langue du pays d'accueil. Cette maîtrise autorise la connaissance d’une mémoire commune. L'existence de «l'école ghetto» ruine cette maîtrise. Ce type d'école concentre des élèves qui présentent tous le même profil. Par conséquent, ces jeunes regroupés dans leurs similitudes deviennent revêches devant un professeur qui souhaite leur enseigner la diversité. Le véritable droit à la différence est ainsi bafoué. Ce qui entrave l’ascenseur social. Un jeune né dans un milieu social où il est en contact avec un réseau prometteur, avec l'accès financier possible accordé aux écoles de haut niveau, qui rencontre des revenus suffisants pour suivre des cours privés de rattrapage: celui-ci sera bien sûr plus facilement lancé sur le marché de l’emploi, aura plus de chance de trouver un CDI dans une entreprise qu’un CDD comme caissier à Carrefour! Cette réalité continue à gêner les bien pensants qui pensent encore que tout est possible pour tout le monde!

Un élève libre peut dépasser les contraintes de sa religion, de ses traditions, de son quartier, de sa cité. Pour autant que ce dernier puisse trouver les moyens de sortir de son environnement immédiat sans toutefois renier sa culture d'origine, sa religion, sa famille. Les jeunes d'origine étrangère, qui ne connaissent pas leur culture, la fantasment souvent dans la fabrication artificielle qui est leur est imposée par les gourous. Ils sont parfois séduits par les discours radicaux tenus dans les mosquées de garage. La privation de la culture du pays d'accueil et de la culture d'origine mène au repli sur une identité prédéterminée. Un repli qui est exprimé surtout par les jeunes défavorisés récupérés par les idéologues manipulateurs: «C’est de la faute de l’Occident! Le terrorisme est la revanche des pauvres!» S'élever signifie que l'individu puisse sortir du local afin de se diriger vers les régions inconnues, les raisonnements moins simplistes. Encore faut-il que cette élévation soit possible! Il est bien court le temps des cerises!

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