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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Nos hommages, vieille fripouille!

Journaliste punk par Yves Kengen, le 24 novembre 2017

"Maman, je vais chercher un kilo de maïs." Photo © DR

Robert Mugabe s’en est allé, bon débarras! On voudrait dire «adieu, vieille canaille», mais depuis Gainsbourg, l’expression est plutôt sympathiquement connotée. «Vieille fripouille» semble moins euphémique. Et à propos de Mugabe, les litotes n’ont pas cours.

S’il faut se réjouir du départ à la retraite du plus vieux dirigeant africain encore en place (à 93 ans quand même), certains éditorialistes ont volé au secours du dictateur cacochyme pour rappeler sa lutte héroïque contre le colon anglais et le régime suprémaciste blanc de l’autocrate Ian Smith. « Lui aussi a été longtemps détenu », a-t-on pu lire, évoquant par-là un parallèle avec Nelson Mandela. Toutefois, s’il faut certes rendre à César ce qui lui revient, l’équation « lutte armée contre l’oppresseur » + « détention politique de longue durée » + « reconquête du pouvoir par la population autochtone » ne conduit pas nécessairement au Prix Nobel de la Paix. Là où Madiba prêcha la réconciliation et instaura la démocratie, Mugabe promut l’esprit de revanche et la dictature.  La comparaison avec Mandela est une insulte au fondateur de la Nation Arc-en-ciel.

Le malheur est dans le pré

Alors que le charismatique leader Xhosa se retira après un seul mandat présidentiel, le Zimbabwéen se proclama président à vie. Robert Mugabe s’est érigé en symbole de tous les maux dont souffre l’Afrique en matière de gouvernance. Dès 2001, le Parlement européen pointe les « atteintes massives » aux droits de l'homme, à la liberté d'opinion et à la liberté de la presse, excusez du peu. Le rapport du PE pointe le « climat de peur et de désespoir » que ressent l'ensemble de la population, conséquence directe de la gestion du dictateur.

Avec un taux de chômage de 80% en 2005, l'espérance de vie est tombée à 36 ans et cinq millions de personnes dépendent d'une aide alimentaire. Un comble pour ce pays considéré jusqu’alors comme l’un des “greniers à blé » (ou plutôt à maïs) de l’Afrique australe. En cause, la politique revancharde de Mugabe, qui choisit de chasser manu militari les fermiers blancs, souvent à coups d’assassinats, pour les remplacer par des personnes proches du pouvoir incapables de gérer correctement des exploitations agricoles d’un tel calibre ; au lieu de choisir l’option d’une restructuration planifiée et d’une restitution progressive des terres accompagnée d’une formation pour les candidats agriculteurs autochtones. Résultat : une crise alimentaire sans précédent provoquant la famine dans ce pays fertile. Un comble.

Valse avec milliards

Les finances du pays ne sont pas en reste : en janvier 2009, l’inflation atteint un tel niveau qu’un billet de cent mille milliards de dollars du Zimbabwe, (27 euros environ) est mis en circulation. Les chiffres officiels évaluaient, en juillet 2009, le taux d'inflation annuel à, tenez-vous bien, 231 millions de pour cent. Mais la réalité est bien pire : les économistes en poste à Harare parlent, eux, de milliards de pour cent, alors que le très droitier Institut Cato, de Washington, a avancé le chiffre vertigineux de 89,7 trilliards (21 zéros) de pour cent… Intenable : dès février de cette même année, l’on assiste à la mise en place d’un gouvernement d'union nationale dirigé par Morgan Tsvangirai, opposant à Robert Mugabe dont c’est la toute première concession. Cette situation n’empêche pas l’épouse du satrape, Grace (surnommée « Gucci Grace », mais les gens sont méchants), de partir faire du shopping à Paris, Londres et New York en avion privé aux frais de l’État pendant que le peuple crève de faim. Cette même Grace qui revendique aujourd’hui la succession de son mari… Mais laissons là ces futilités.

Avec la nouvelle équipe dirigeante, le Zimbabwe sort la tête hors de l’eau avec, pour l'année 2009, un taux de croissance estimé à 5,3%. Alors qu’on vient de -9,9% l’année précédente. Ce redressement économique, qui n’affecte hélas pas la condition misérable de la population, se poursuit pour culminer à 11,9 en 2011, avant un nouvel écroulement d’une croissance qui se retrouve à 0,6% en 2016. Quadrature du cercle… et constat patent que le pays ne pourra pas sortir de l’ornière tant que Mugabe sera au pouvoir.

De son côté, le vieux grigou ne perd pas le nord : en 2012, The Guardian révèle que l'élite dirigeante du président Robert Mugabe a volé des diamants pour une valeur d'au moins 2 milliards de dollars américains, avec l’aide de traders et de réseaux criminels internationaux, dans ce qui est « peut-être le plus gros pillage de diamants que le monde ait vu depuis Cecil Rhodes ».

Et l’on pourrait continuer comme ça ad libitum. Et se méfier comme de la peste de son probable successeur désigné, Emmerson Mnangagwa, qui fut l’allié fidèle de Mugabe pendant ses 37 années de pouvoir, sans partage mais avec violence, avant d’être récemment répudié à la demande de « Gucci Grace » à qui le vice-président faisait de l’ombre dans l’optique d’une hypothétique arrivée au pouvoir de la très élégante première dame. On conclura en rappelant combien la vieille fripouille appréciait les homosexuels, les traitant de « porcs » ou de « chiens » et appelant la population à les dénoncer et les livrer à la police. Présentant l'homosexualité comme « un péché contre nature », il s'est encore radicalisé entre 2008 et 2012, appelant à « castrer les homosexuels » ou, encore mieux, à les décapiter.

Pour tout ce que vous avez fait pour votre pays, Robert Mugabe, encore bravo, et merci.

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