semaine 21

Camargue au Musée de la Photo: le "Soleil Noir" des taureaux et des gardians

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 05 février 2022

Rares sont les temps où les taureaux de Camargue se meuvent dans le blanc de la neige. Photo Roger Job.

Entre terre, ciel et mer, l'âme de la Camargue. Photo Gaëlle Henkens.

De la Camargue, là-bas aux confins du delta du Rhône et de la Méditerranée,  les gens de passage ne retiennent le plus souvent que des cartes postales. En quête de l'humain, où qu'ils se trouvent, les photographes Gaëlle Henkens et Roger Job ont voyagé au fil de quatre années pour se faire admettre par les habitants de ce coin de terre et faire le récit de leur mode de vie. Une manière d'être au plus près de la nature et des animaux, avec les marais qui se confondent avec le ciel et les vagues. Avec les chevaux nerveux montés par ces cow boys d'ici, les gardians. Roger et Gaëlle les ont suivi, aux trousses des taureaux qui filent, libres, dans de grands décors. Les manadiers -les éleveurs...- et les gardians sont sensibles au chant des roseaux, des ruisseaux et des oiseaux.  

Quand vient la belle saison, dans les bourgs, villages et villes de Camargue, les rasetteurs risquent tout pour attraper au nez et à la barbe des taureaux la cocarde qu'ils portent accrochée entre les cornes. Rien à voir avec la tauromachie espagnole. Rien! Ici c'est l'humain qui se doit d'être un athlète au niveau des taureaux sauvages. D'où ces folles sarabandes dans les arènes et les rues, sous les vivats du public. Les amateurs saluent tout autant les raseteurs que les taureaux champions. En Camargue, des taureaux ont leur statue. Un livre, "Soleil Noir" et une première exposition itinérante, auront été un révélateur, une sorte de grand album de souvenirs et de présent, pour les gens du Midi.

Maintenant,  c'est au Musée de la Photo, à Mont-sur-Marchienne, que le travail et la culture tenus des taureaux en Camargue viennent à nous. Avec Roger et Gaëlle, on se retrouve dans les marais, on sent le sel des vagues, on pousse la porte des mas, on entre dans les écuries, on suit des mariages et des enterrements, des fêtes et des moments de recueillement, on casse la croûte et on trinque à la vie et à la mémoire. Les reporters  entrouvent pour nous les portes d'un univers qui veut survivre sans déroger à ses traditions, et veut s'adapter sans vendre son âme. Des photos donnent la parole à des gens dont, au premier regard, il est difficile de percevoir la lutte quotidienne. 

Il était tard. Dans sa maison face au feu de bois,  le manadier Jean Lafon confiait un peu de ce qu'il écrira dans "Soleil Noir", à propos de Gaëlle et Roger.  "Leur travail fixe sur le papier notre mémoire avant tout orale..."  A la fin de ce jour étrange, où la tempête avait blanchi le paysage, ce cavalier que je vois tel un un seigneur sur sa monture, que j'ai écouté me raconter son pays, n'avait pas peur pour Roger, resté auprès des taureaux.  "Il vient de Belgique mais on dirait qu'il leur parle, aux taureaux". Ou quelque chose du genre, car de tout ce qui a été prononcé pas mal de mots se sont effacés mais demeurent les images. 

- Musée de la Photo, Mont-sur-Marchienne. Jusqu'au 15 mai 2022. 

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