semaine 23

Groff: sombres enquêtes en Belgique profonde

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 14 mai 2021

A gauche, Francis Groff. A droite, Eddy, reconstituteur et guide du premier dans les parages de la Butte du Lion. Photo © Christian Joosten.

Quatre romans et autant de voyages en Belgique. Ph © DR.

"Au loin, la Butte du Lion se découpait sur un ciel sans tache, comme un phare sur une mer d'huile". A l'entame de "Waterloo, mortelle plaine", Francis Groff plonge le lecteur/limier dans les marges de la nationale 5 Bruxelles-Charleroi qui tranche dans le vif du Brabant wallon. Cette fois-ci, l'auteur nous emmène à la découverte du petit monde des reconstituteurs. Des passionnés d'histoire qui, à Waterloo notamment, revisitent avec un réalisme cinématographique l'univers de Napoléon. Au deuxième chapitre entre en scène le bibliophile Stanislas Barberian, citoyen carolo émigré à Paris, propriétaire de La Malle aux Livres, à Montparnasse. Spécialisé dans la recherche d'ouvrages rares pour des collectionneurs, il arrive à Stan de prêter son flair à des enquêteurs tournant en rond. L'homme à la Facel Vega quitte régulièrement la Ville-Lumière pour aller saluer sa meilleure copine. Martine tient une bouquinerie à Bruxelles, dans le quartier des grands boulevards. 

Groff lance son personnage sur les traces de l'assassin d'un reconstituteur, membre épisodique de l'Ambulance 1809 de la Garde Impériale. Comme toujours, chez Groff, si l'intrigue est montée de toutes pièces, le décor est rigoureusement conforme à la réalité. Ce qui vaut au lecteur d'apprendre comment on secourait les blessés à l'époque de l'Empereur. Eh bien, c'était loin d'être de la dentelle! De la charpie, c'est ce qui reste du cadavre brûlé découvert dans une dépendance de cette ferme des environs de Waterloo où des reconstituteurs s'étaient retrouvés dans le contexte du premier déconfinement, comme on dirait Premier Empire. Le gentleman-enquêteur donnera un coup de main au commissaire de la PJ à qui un détail aura manqué pour tirer le fil d'une recherche passant par Louvain-la-Neuve, des villas cossues, un haras, le tout nappé de drogues dures.

Groff, reporter de presse écrite, homme de radio, de télé, auteur de documentaires, est passé à la fiction pour renouer avec le réel. Dans "Morts sur la Sambre", Barberian nous aura emmenés à Charleroi, entre Marchienne et Landelies, sur les bords de la rivière et dans les coulisses du Palais de Justice. Pour, ensuite, arpenter les petites rues de Namur, à l'ombre de la Citadelle et dans une atmosphère à la lisière de la peinture et du Musée Rops, avec "Vade retro, Félicien". Troisième immersion, "Orange sanguine" résonne des tambours du carnaval de Binche et du pas cadencé des Gilles dans les ruelles sous les remparts. Avec, dans chaque cas, des moments de répit autour de mets du terroir mitonnés dans des auberges intimistes où les flacons se vident entre les propos de conversations non innocentes. 

Dans "Waterloo", la méthode Groff se profile au travers du "merci particulier" adressé au commissaire Pascal Vanbelle et au fondateur de l'Ambulance 1809, Eddy Meylemans. Le quatrième volume de la serie des Stanislas Barberian confirme qu'elle est taillée pour la télé. Le ton est celui du feuilleton. Le récit toujours solidement charpenté, documenté, avec le fil rouge du héros limier  et de son environnement. Martine la Bruxelloise joue un rôle qui, d'aventure, pourrait se préciser, s'affirmer. Chiche? Tant la dame forme un parfait duo avec le chercheur de livres rares. Une caractéristique du ton de Francis Groff est d'être clair, d'user d'images que tous nous avons en tête, en les recadrant habilement. On retrouverait peut-être là un indice menant au journaliste féru des détails qui garantissent la solidité d'un dossier. Toujours nimbé d'humour, sous le jaune colza de la couvertureo se détachent les capitales du titre.


"Waterloo, mortelle plaine", par Francis Groff.
Weyrich Edition. 264 p.18 euros. 

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