semaine 04

L’eau appartient à l’humanité

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 08 décembre 2021

La Statue mobile géante de la Spoliation, œuvre de Bernard Tirtiaux et ses collaborateurs, se dresse Place du Luxembourg à Bruxelles. Photo © Jean-Frédéric Hassens

Et pas à des financiers spéculateurs ! Pour l’affirmer une fois de plus, l’artiste Bernard Tirtiaux, « le passeur de lumière », est passé du vitrail à l’enchâssement de seaux d’eau pour nous offrir une magnifique allégorie de l’eau propriété de l’humanité, de l’eau qui ne peut être spoliée, de l’eau qui nous fait vivre et qui devient un bien tellement menacé de pollution, de diminution voire de disparition dans certaines zones du monde.

Il y a de l’humour, de la grâce mais aussi un terrible avertissement dans cette sculpture de Bernard Tirtiaux qui relaie ainsi l’appel lancé par Riccardo Petrella il y a dix ans déjà, répété par le mouvement qu’il a lancé, l’Agora de Habitants de la Terre : « L’idée même d’une bourse de l’eau est dangereuse, inutile, inefficace...comme c’est le cas de la bourse des semences, de la bourse du blé, du pétrole, de l’air... », disait-il en apprenant la proposition du PDG de Nestlé, Peter Brabeck, de créer une « Bourse de l’eau » dans le but de réguler la pénurie prévisible d’eau.

« Comment peut-on confier à un petit groupe d’opérateurs financiers, des nantis de surcroît, animés par l’appétit de rendement spéculatif à court terme, la responsabilité de "réguler" la sauvegarde, la valorisation et l’usage de l’eau, un bien "sacré " car essentiel et insubstituable pour la vie et le vivre ensemble comme l’eau ? », rétorquait Riccardo Petrella.

Son indignation n’a pas empêché l’entrée de l’eau en Bourse de Chicago le 7 décembre 2020. Voilà pourquoi le 7 décembre 2021, la place du Luxembourg vibrait de la harpe, du piano, des chants des « Habitants de la terre » sur l’agora bruxelloise qu’est la place du Luxembourg, face au Parlement européen.

Des rassemblements similaires avaient lieu en divers endroits européens afin de rappeler à nos gouvernants que l’eau est un bien commun. Or, plus de de 2,1 milliards d’êtres humains sont toujours privés d’eau potable en quantité suffisante, 4,2 milliards ne disposent pas de services sanitaires hygiéniques. Non seulement, les Etats n’ont pas appliqué le principe des Nations Unies du droit à l’eau pour tous. C’est devenu « favoriser l’accès à l’eau, de manière équitable et à prix abordables », ce qui signifie la privatisation, la concurrence, le profit et plus la sauvegarde du monde vivant.

Il y a dix ans, Riccardo Petrella effectuait la comparaison suivante : « Selon la FAO, la bourse du blé n’a pas empêché que la montée du prix du blé se traduise, entre autres facteurs, par l’augmentation des personnes affamées, dont le nombre a dépassé en 2010 les 900 millions, et par l’appauvrissement de 44 millions additionnels d’êtres humains alors que les profits des grands groupes multinationaux agroalimentaires ont atteint des niveaux record en 2010 ! »

Il est donc temps de passer à l’action, clament les Habitants de la Terre : promouvoir la sécurité hydrique collective mondiale, en obtenant le retrait de l’eau des transactions financières en Bourse et la création d’un Conseil citoyen de sécurité de l’eau ; sauver le droit universel des humains à l’eau et promouvoir les droits de l’eau, bien de la nature. Ces nouveaux droits et ces responsabilités doivent être promus par une coopération entre les gouvernements, les parlements et la société civile au niveau local. Au niveau mondial, il s’agit d’établir des règles et des institutions gouvernant l’eau « res publica » et pour cela organiser d’urgence un referendum mondial sur la reconnaissance de l’eau bien commun mondial. Petrella voit plus loin encore : et pourquoi ne pas créer un « parlement mondial de l’eau ».

Quant à nous, petite Belgique, l’eau reste encore un service public, à défendre absolument. Tout en veillant à économiser cette précieuse eau potable que l’on gaspille de manière insensée pour nettoyer des voitures, des trottoirs, des chantiers… Un gaspillage et une pollution plus grande encore dans certains pays où des industriels polluent irrémédiablement des nappes phréatiques et des cours d’eau indispensables à la vie des populations et à la culture de subsistance, pour extraire des matières premières pas toujours utiles pour notre survie et celle de la planète.


Photo et vidéo © Jean-Frédéric Hanssens

http://www.bernard-tirtiaux.be/

https://agora-humanite.org/

 

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